Le puits qui ne reçoit ses eaux que du
dehors reçoit en même temps mille choses que le courant entraîne.
Il se trouve exposé à toutes les ordures et à un danger
plus grave encore: se trouver à sec à peine y a-t-on puisé.
En revanche, le puits dont l'oeil est en lui-même n'a pas besoin des
pluies pour se remplir.
Ses eaux filtrées par les interstices de la terre restent abondantes,
pures et fraîches, même au moment des plus grandes chaleurs.
Il en est ainsi de ceux dont la foi en Dieu dépend des apports extérieurs
et de ceux qui tirent leur foi de leur propre méditation et
de leur conviction intime. Les premiers sont sujets à variation et
leur foi n'est pas exempte de doute. Les seconds demeurent immuables.
Ils sont dans la pleine Lumière, la pleine lune de leur foi, laquelle
ne connaît jamais l'obscurité.
Le puits qui ne reçoit que de l'extérieur,
Tiemo l'appelait « le puits du Taqlid ».
Il est le propre de ceux qui ne font que suivre aveuglément des exemples
extérieurs: « Untel a dit ceci », .~ Untel a fait cela
»,
au lieu de tirer d'eux-mêmes une certitude née de l'expérience
intime, ou même une réflexion personnelle devant une circonstance
imprévue.
Tierno nous rappelait, à cet égard, le hadith suivant:
Un jour, le Prophète voulut envoyer au Yemen un de ses compagnons, appelé Mo'az boun Jabal, pour y enseigner l'Islam. Il lui demanda:
- Comment appliqueras-tu la loi ? Comment rendras-tu la justice?
- Je rendrai la justice selon le Coran, répondit Mo'az.
- Et si le cas auquel tu auras à faire face n'a pas été prévu par le Coran? demanda le Prophète.
- J'appliquerai ta Sunna , Prophète de Dieu. - Et si la Sunna n'a pas prévu le cas?
- Je me référerai à l'Idjmâ (Consensus) .
- Et si l'Idjma n'a jamais eu à faire face à un tel cas ? reprit le Prophète.
Mo'az fut un peu désemparé car,
en Islam, le Coran, la Sunna et le Consensus sont les trois seules sources
de la Loi et de la jurisprudence.
Mais comme c'était un homme qui priait et qui méditait, il avait
trouvé en lui le chemin de l'inspiration divine (ilham).
Aussi répondit-il, après un moment de réflexion:
- Alors, je ferai l'Ijtihad (effort de réflexion
personnelle).
Le Prophète le regarda, puis lui dit:
- Va, et fais l'Ijtihad chaque fois que ce sera
nécessaire. Tant que l'Islam comptera des hommes
comme toi, il ne deviendra pas tel un arbre au tronc
élancé, mais privé de branches. (C'est-à-dire
qui ne
donne ni ombre ni protection.)